Notre histoire

Les contraires sont complémentaires

La première rencontre : hasard ou destin?

Il nous est impossible de préciser la date avec exactitude, mais, chose certaine, tout a commencé au cours de l’automne de 1984, en Italie, lorsqu’Annegret Morf a gravi l’escalier d’une vieille ferme toscane. La veille, elle avait emménagé dans la chambre qu’elle y avait louée. Elle montait les marches à ce moment précis, car l’autobus en provenance de Florence venait tout juste de la déposer, à quelques minutes de marche de là. Elle y était allée pour suivre des cours de restauration d’art et faire ses courses.

Au sommet de l’escalier, un téléphone payant accroché au mur sonnait. Le jeune Antonio Serafino est alors sorti de la cuisine pour y répondre.

Il avait pris l’autobus précédant celui d’Annegret, au retour de la petite usine où il travaillait à la fabrication de lampes et de tables en fer forgé. Ils échangèrent un regard. L’histoire ne dit pas ce qui leur a traversé l’esprit, mais nous pouvons confirmer qu’il n’y a pas eu de coup de foudre… Ils étaient plutôt intrigués.

Après trois mois, ils étaient amoureux. Nul besoin ici d’aborder la période tumultueuse de leurs premières fréquentations. Il était son héros de la classe ouvrière et elle, sa princesse bourgeoise.

D’accord, trop de clichés. Reprenons du début.

Il la harcelait sans répit et l’accusait d’être une jeune Suissesse gâtée, riche et bourgeoise, fréquentant les écoles de Florence, jusqu’au jour où elle en a eu assez. Elle lui a alors lancé le défi de retomber les deux pieds sur terre et de retourner sur les bancs d’école pour que son rêve de devenir orfèvre puisse se réaliser. C’est ce qu’il a fait.

Ils souhaitaient tous deux aller au-delà de la voie qui leur était destinée à l’origine. Elle appréciait sa grande sagesse de la rue. Il trouvait réconfortante son aisance dans le monde culturel et la société. Quand elle était petite, Annegret s’endormait en écoutant ses parents lui raconter des fables tirées de la mythologie grecque. Antonio a grandi dans ces endroits mystérieux où ces histoires s’étaient déroulées.

Chacun devait accomplir sa propre mission. Elle devait démystifier la notion typiquement européenne selon laquelle la fille d’universitaires ne pouvait devenir artisane. Il devait accomplir ce que son père, un cordonnier qui avait grandi dans l’Italie de la Seconde Guerre mondiale, n’avait pu réaliser.

S’agit-il d’âmes sœurs unies par le destin ? Peut-être…

À cette époque, ils n’avaient aucune idée dans quoi ils s’engageaient. Ils ignoraient qu’ils étaient en train de jeter les bases de ce qui allait devenir un atelier de joaillerie florissant connu sous le nom de « SERAFINO », atelier qui ferait même l’objet d’articles dans les magazines.

L’épreuve devenue tremplin

En 1993, Antonio a ouvert un minuscule atelier-boutique de joaillerie sur la rue Borgo San Frediano, tout près du Ponte Vecchio, à Florence. Après avoir terminé ses études en fabrication de bijoux, il a complété sa formation d’apprenti auprès du maître joaillier Franco Franchi. Ayant obtenu son diplôme de maître joaillier, Antonio était prêt à faire sa place parmi les maisons joaillières appartenant à des familles florentines depuis des siècles.

Quatre années plus tard, l’entreprise d’Antonio avait prospéré et ses affaires allaient bien. Alors enceinte de jumeaux, Annegret travaillait pour un luthier. Leur premier enfant avait deux ans et l’avenir s’annonçait prometteur. Lors d’une nuit du printemps de 1997, leur vie allait basculer.

En ce début de matinée, une douce ambiance régnait. L’odeur du café et des pâtisseries fraîches embaumait l’air tandis qu’on entendait le joyeux bavardage des premiers clients de la journée et le bruit des petits commerces qui ouvraient.

Comme chaque matin, Antonio a pris plaisir à déambuler dans les rues de Florence, de la gare jusqu’à sa boutique. En se penchant pour relever le volet roulant métallique, il a tout de suite constaté que la chaîne et le cadenas avaient disparu. Il a relevé le volet qui s’ouvrit dans un fracas métallique. Derrière la porte déjà grande ouverte surgissait un fouillis poussiéreux. Son cœur battait la chamade. Dans la poussière et les débris, de nombreuses traces de pas étaient visibles. Durant des secondes qui lui parurent interminables, Antonio a suivi ces traces jusqu’au fond de la boutique. Là, où hier encore, un coffre-fort était solidement ancré dans un mur de pierre et de mortier, se trouvait aujourd’hui un trou béant. Le coffre où étaient rangés les bijoux que sa clientèle lui avait confiés pour qu’il les répare, le coffre qui abritait l’inventaire qu’il avait constitué au cours des dix dernières années, le coffre qui était la source de son gagne-pain… ce coffre avait disparu.

Ils ont découvert plus tard que ce cambriolage était le premier d’une série de quatre vols planifiés et exécutés de manière professionnelle qui ont eu lieu successivement dans cette même rue.

Antonio a réparé la porte et le volet, a acheté un nouveau coffre-fort et pendant près d’un an, s’est efforcé de faire revenir la situation à la normale. Il s’est vite rendu compte que l’entreprise ne dégageait plus une énergie saine et qu’il devait retrouver la lumière. Cherchant un moyen de transformer positivement cet imbroglio, Annegret et Antonio ont songé à repartir à zéro dans une nouvelle ville… et pourquoi pas un nouveau pays?

C’est alors que Marilyn, la mère d’Annegret qui vivait avec eux depuis le décès de son mari, leur a offert de les aider à s’établir au Canada, son pays natal.

Aventure et dépaysement

Au cours du printemps de 1999, Annegret et Antonio ont fait leurs valises et se sont envolés, en compagnie de leurs trois petits garçons, vers un nouvel avenir riche en promesses. La famille s’est établie à Montréal, au Canada.

À la maison, Annegret et Antonio disposaient de leur propre espace de travail. Avant même de finir de s’installer, ils ont enregistré le nom d’entreprise « SERAFINO », au Palais de justice de Montréal en désignant comme activité principale, la lutherie, et comme activité secondaire, la fabrication de bijoux.

Tant que les enfants étaient petits, Antonio a travaillé à temps complet pour d’autres entreprises joaillières. Il a passé sept années chez son dernier employeur : la Maison Birks. Animé par son désir de retrouver son autonomie, Antonio a noué des contacts et s’est constitué une clientèle.

Les soirs de semaine et les week-ends, Antonio créait au sous-sol des bijoux personnalisés pour sa nouvelle clientèle. Il apprenait également le français et l’anglais.

Annegret travaillait dans son atelier à domicile. Elle fabriquait des violons et réparait les instruments que lui confiaient des étudiants, des musiciens professionnels et d’autres luthiers. À l’occasion, elle aidait Antonio en faisant des croquis ou en exécutant de simples travaux de bijouterie-joaillerie. Elle en tirait grand plaisir et appréciait tout spécialement l’aspect créatif de la fabrication des bijoux. Le couple a donc décidé d’unir ses énergies et de s’associer dans la création de bijoux.

Par bonheur, ils partageaient la même vision. En 2008, Annegret et Antonio ont conçu leurs premières collections de bijoux. Ils les ont d’abord présentées dans des salons d’artisans et des galeries d’art au Canada, puis aux États-Unis et en Europe. En 2012, l’entreprise SERAFINO était devenue totalement autonome.

Annegret et Antonio se sentent aujourd’hui chez eux à Montréal. Ils ont de nombreux amis et leurs enfants ont grandi. Tandis que l’entreprise se développait, leurs objectifs ont changé, mais certaines choses sont toujours demeurées les mêmes : la passion qu’Annegret et qu’Antonio éprouvent pour leur art et l’un pour l’autre ainsi que leur quête du bonheur — leur bonheur personnel, celui de leurs employés et celui de leur clientèle — n’ont rien perdu de leur vigueur au fil des ans et dans ce parcours en montagnes russes qu’on appelle « la vie ».